
C’est le spectacle ultime pour tout pêcheur sportif en mer : une tache blanche à l’horizon, des centaines d’oiseaux qui piquent du ciel, et soudain, l’océan qui entre en ébullition. Des thons rouges de 50, 100 ou 200 kilos crèvent la surface dans un fracas dantesque, transformant un banc d’anchois ou de sardines en un véritable champ de bataille.
La pêche sur chasse est une traque visuelle, intense, où l’excitation doit impérativement laisser place à la rigueur technique. Dans le golfe de Gascogne comme en Méditerranée, réussir son approche et son lancer est un art subtil.
L’approche : la règle d’or du « moteur tournant »
L’erreur la plus fréquente est de foncer tête baissée au cœur du bouillon. C’est le meilleur moyen de faire sonder le poisson instantanément et de ruiner la fête pour tout le monde.
- Analysez le sens du vent et du courant : Les thons poussent généralement le banc de poisson-fourrage dans une direction précise. Repérez cette trajectoire.
- Arrivez par le côté ou en amont : Présentez-vous à vitesse réduite en amont de la chasse par rapport au vent. Laissez le bateau dériver vers la zone active, moteur débrayé mais jamais coupé. Le bruit d’un démarreur qui se lance est un signal de danger immédiat pour les pélagiques.
- Restez à distance de lancer : Un bon équipage s’arrête à 30 ou 40 mètres du bord de la chasse. Cela suffit largement pour propulser un leurre et évite de casser la dynamique des poissons qui chassent.
Le choix des armes : leurres souples vs poissons-nageurs
Quand les thons sont focalisés sur une proie, ils deviennent extrêmement sélectifs. Il faut « faire correspondre la taille »
- Les leurres souples (Shads et Slugs) : C’est souvent l’arme absolue lorsque les thons boudent le reste. Un leurre souple lourdement plombé lancé au cœur du bouillon et ramené en linéaire rapide imite à la perfection une proie en fuite. On peut aussi le laisser couler sous la chasse pour piquer les plus gros spécimens qui attendent les morceaux restants.
- Les Poppers et Stickbaits : Pour les amateurs de sensations fortes, le stickbait coulant ou le popper offre des attaques de surface inoubliables. Le popper doit être travaillé par de grands coups de scion (pops) suivis de pauses. C’est souvent pendant la pause, lorsque le leurre flotte immobile, que le thon vient le cueillir.
Le combat : brider pour préserver le poisson
Le thon rouge possède un système circulatoire unique qui fait monter sa température corporelle pendant l’effort. Sur du matériel sous-dimensionné, un combat de trois heures produit tellement d’acide lactique que le poisson meurt d’épuisement, rendant tout No-Kill impossible.
Pour la sécurité du poisson (et de vos bras), utilisez des ensembles de spinning lourds (80 à 100 lbs minimum). Le frein doit être réglé fort dès le départ (autour de 8 à 10 kg). Après le premier rush dantesque où le moulinet siffle, le combat s’installe à la verticale. C’est là qu’il faut enchaîner les séances de « pompage » courtes et puissantes pour faire monter le poisson avant qu’il ne reprenne son souffle.
Une fois au bateau, si vous pratiquez le relâché, laissez le poisson dans l’eau, décrochez-le avec une pince à long bec, et maintenez le bateau en marche avant lente pendant quelques secondes pour réoxygéner ce seigneur des mers avant de lui rendre sa liberté.